Alain Hugues, son premier roman vogue de Bréhat à Solidor

La Manche baignant les Côtes-d’Armor est le personnage principal du premier roman du Plouërais Alain Hugues. Un polar aux embruns politiques et poétiques, voguant de Bréhat à Solidor.

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Il a traversé maintes fois l’Atlantique, mais le plan d’eau sur lequel Alain Hugues a le plus navigué, c’est la

Manche, de Saint-Malo à Bréhat. Il a fait de ce plan d’eau un personnage à part entière de son premier roman, Fonds de Sable, écrit à Plouër-sur-Rance. 

L’archipel de Bréhat, la baie de Saint-Brieuc, le Cap Fréhel, les récifs de la côte d’Émeraude. Ces lieux servent de balises aux 250 pages du premier roman d’Alain Hugues. De Loguivy-de-la-Mer à Saint-Servan (35) où il a grandi, cet habitant de Plouër-sur-Rance connaît par cœur cette côte nord aussi splendide que redoutable.
« Cette côte, c’est une mesure, comme le mètre : en une marée, on va de Solidor à Bréhat ». Il en a fait le cadre de « Fonds de Sable », polar aux accents poétiques et engagés.

La marée ici est l’une des plus fortes au monde. C’est comme habiter au pied de l’Himalaya.

Plus qu’un cadre, ce morceau de Manche est un personnage-clé du roman. « La marée, surtout, figure presque à toutes les pages. Elle est l’une des plus fortes au monde. C’est comme habiter au pied de l’Himalaya. C’est d’une force incroyable, mais on ne s’en rend pas vraiment compte, vu de la terre », raconte le Plouërais, qui a profité du premier confinement pour inventer une intrigue au cœur de cet univers.

Les années 1970, « époque bénie »

Alain Hugues a commencé par la pêche côtière à Saint-Malo, puis a bourlingué de l’île de Rhodes (Méditerrannée) à Pointe-à-Pitre (Martinique), en passant par Dakar, aux commandes de voiliers. En cumulant quelques demi-traversées arrêtées aux Açores ou à Madère, il comptabilise une dizaine de traversées de l’Atlantique. Dans la lignée des marins aventuriers des années 1970, Moitessier ou Janichon et Poncet, il a été parmi les premiers skippers à convoyer bateaux et hommes sur la grande bleue. Avant de se poser comme charpentier de marine à Plouër.

C’est une part de sa jeunesse que raconte l’auteur dans ce roman. « Une époque bénie, extraordinaire, une parenthèse. À 20 ans en 1914, on aurait été dans les tranchées ; là, c’était l’insouciance ». Une insouciance qui se frotte aux périls maritimes et aux eaux troubles dans lesquelles évolue « l’Usine », un industriel malouin exploitant la richesse des fonds marins pour en faire de l’engrais. L’occasion pour l’auteur d’affirmer ses convictions écologistes, en donnant un arrière-plan politique à ce roman de mer.

Action et enquête

Du jusant au surbeau à l’étrave, le vocabulaire de la mer constelle le roman, relevé de tempétueuses scènes d’action et d’envolées poétiques inspirées. Le tout bien charpenté par une enquête à rebondissements. Une première virée romanesque réussie pour cet admirateur d’Hugo et ses « Travailleurs de la Mer », ou de Giono, traducteur de « Moby Dick ». Membre du jury littéraire « gens de mer » au festival Étonnants Voyageurs, Alain Hughes a fini par se jeter à l’eau. Pour s’apercevoir qu’il pouvait nager.

Le Télégramme - 20/12/20 - Gwen Catheline